Lancée cette année, la série 2‑Litre Sportscars rend hommage au Championnat d’Europe des Sport‑Prototypes 2 litres, disparu il y a cinquante ans. Le plateau réunit des barquettes légères fabriquées à l’époque par des marques emblématiques telles que Lola, Chevron, Cheetah ou Ginetta. Le calendrier se compose de trois circuits qui avaient accueilli le championnat : Brands Hatch, Charade et Silverstone.
Un peu d’histoire
En 1968, la nouvelle réglementation de l’Endurance fixait la cylindrée de la catégorie reine à 3 litres, et à 5 litres pour les voitures fabriquées à au moins 25 exemplaires. Les propriétaires des prototypes de 2 litres faisaient alors face au choix suivant : soit participer aux courses du plus haut niveau en ne visant que d’anonymes victoires de classe, soit se limiter à des championnats nationaux. Il semblait évident qu’une solution intermédiaire pouvait être trouvée ; elle le fut en 1970, avec la création d’un championnat européen spécifique pour ces voitures.
Pendant six saisons, il attira des vainqueurs des 24 Heures du Mans (Derek Bell, Vic Elford, Gérard Larrousse et Helmut Marko), des pilotes de Formule 1 (dont Jean‑Pierre Jabouille, Arturo Merzario et un certain Niki Lauda) ainsi que des stars du rallye (Sandro Munari et Jean Ragnotti). Les courses, disputées sur des circuits mythiques, s’étendaient de 300 à 600 km.
Motor Racing Legends s’inscrit dans les traces de ce championnat prestigieux, en revenant avec les mêmes voitures, sur les mêmes circuits. La série 2‑Litre Sportscars est ouverte aux prototypes construits entre 1962 et 1976, répartis en trois classes par période : pneus sculptés, pneus slicks et modèles à ailerons.
Trois meetings
Trois courses sont au programme de la saison 2026, chacune organisée sur un circuit ayant accueilli ces voitures en période : Brands Hatch, Charade et Silverstone.
London Historic Trophy, Brands Hatch
19-21 juin
Trente‑trois voitures figuraient sur la liste des engagés en 1975, avec notamment Richard Lloyd, futur grand nom de l’Endurance, et le pilote de F1 au destin tragique Guy Edwards. La victoire revint à la TOJ Warsteiner de Jörg Obermoser, devant la Lola d’Edwards et la Chevron d’Ian Grob. Les 11 constructeurs présents illustraient bien la formidable diversité de la catégorie.
En 2026, le London Historic Trophy s’inscrit dans le calendrier des célébrations du centenaire du circuit, « Century of Power ».
Trophées d’Auvergne, Circuit de Charade
10-12 juillet
Sir Stirling Moss qualifiait Charade de « plus beau circuit au monde ». Bien qu’aujourd’hui plus court — et surtout plus sûr —, le tracé n’en reste pas moins spectaculaire. À deux reprises, le Championnat d’Europe des voitures de sport 2 litres s’est rendu en Auvergne. Guy Edwards s’y imposa en 1973 au volant d’une Lola, avant que Gérard Larrousse ne mène un doublé des Alpine V6 l’année suivante.
À l’époque, cette course baptisée 300 km d’Auvergne s’inscrivait dans le cadre des Trophées d’Auvergne. Motor Racing Legends a obtenu l’autorisation de faire revivre ce nom emblématique en 2026, et les 2‑Litre Sportscars seront au cœur de ce renouveau.
BRDC Classic, Silverstone GP
24-26 juillet
Comme Charade, le circuit a accueilli deux fois le Championnat d’Europe dans les années 1970. Les victoires étaient revenues à la Chevron de Toine Hezemans en 1971 et à l’Abarth Osella d’Arturo Merzario en 1972. Silverstone se prête parfaitement aux barquettes légères, avec une combinaison de grandes courbes rapides.
L’introduction du nouvel événement BRDC Classic en 2026 offre une occasion parfaite de faire renaître une course dédiée aux 2 litres.
Une grande variété
À l’époque, un large éventail de constructeurs, des plus prestigieux aux plus confidentiels, se sont lancés dans le développement de prototypes 2 litres. C’est ce qu’illustre cette sélection de quatre modèles de 1970, 1972, 1974 et 1976, tous engagés en 2‑Litre Sportscars.
Année : 1970 | Modèle : Ginetta G16 | Châssis : G014
Pilote : Olivier Huez | Équipe : Wassermann Racing Services
Les efforts d’Olivier Huez méritent d’être salués. L’année dernière, le Français a remis en piste cette magnifique Ginetta G16. Produite en très petite série à Witham, dans l’Essex, cette barquette avait souffert en période d’un manque de développement. Réputée difficile à piloter, ses résultats restent anecdotiques. Contrairement à de nombreux constructeurs qui concevaient leur châssis autour d’un moteur spécifique, la Ginetta pouvait s’adapter à une grande variété de blocs, notamment les BRM, Coventry Climax, Cosworth et BMW. L’exemplaire engagé cette année en 2‑Litre Sportscars est équipé d’un BMW M10 développant environ 200 chevaux, associé à une boîte Hewland FT200.
Année : 1972 | Modèle : Lola T292 | Châssis : HU40
Pilote : TBC | Équipe : Legacy Outlaws Racing
Conçue autour d’un châssis monocoque en aluminium, la Lola T292 est l’œuvre de Bob Marston, assisté de deux jeunes ingénieurs alors inconnus : Patrick Head et John Barnard. Une telle équipe explique en grande partie pourquoi cette voiture fut l’une des plus victorieuses de l’ère des 2 litres, totalisant 32 succès majeurs entre 1973 et 1976. Le châssis HU40 fut engagé par l’équipe officielle aux couleurs de Barclays International Bank et remporta trois victoires lors du Championnat d’Europe 1973. Il fallut de nombreuses années avant que la voiture ne fasse son retour en courses historiques, sa restauration ayant duré plus d’une décennie. Le shakedown, effectué par Jan Magnussen en personne au mois de février à Donington, se serait déroulé de manière très satisfaisante selon l’équipe Legacy Outlaws.
Année : 1974 | Modèle : Chevron B26 | Châssis : 74‑02
Pilote : Jamie Constable | Équipe : OC Racing Limited
Imaginée par Derek Bennett, qui supervisait et testait personnellement toutes ses voitures, la B26 marquait une étape innovante pour la petite marque Chevron. Elle disposait d’un châssis monocoque intégralement en aluminium et d’une suspension arrière dérivée de la monoplace B25, ce qui en faisait une sorte de F2 carrossée. Ses débuts coïncidèrent hélas avec la période de domination de l’Alpine Renault A441, ce qui limita son succès en championnat. Le châssis 74‑02 fut engagé dans la Springbok Series sud‑africaine, où John Watson et Ian Scheckter remportèrent la victoire aux 500 km du Cap à Killarney. Conservée comme voiture d’usine, elle fut par la suite confiée à plusieurs pilotes de renom, dont Peter Gethin et Vern Schuppan.
Année : 1976 | Modèle : Cheetah G601 | Châssis : 2
Pilote : Beat Eggimann | Équipe : Eggimann Racing
Avant l’émergence de Sauber sur la scène internationale de l’Endurance, la Suisse était représentée par la petite mais ambitieuse marque Cheetah. Conçues par l’ingénieur Chuck Graemiger, ces voitures étaient construites à la main à Lausanne. Moins de dix châssis ont été produits au total entre 1974 et 1984. Le G601-2 prit le départ des 24 Heures du Mans 1979, confié notamment au skieur helvète Philippe Roux, quatrième de la descente olympique de 1976 à Innsbruck. Propulsée par un quatre‑cylindres Ford Cosworth BDG de 2,0 litres développant environ 300 chevaux, la voiture obtint comme meilleurs résultats trois quatrièmes places, décrochées à Dijon-Prenois en 1977, à la Coppa Florio en 1978 et au Paul Ricard en 1979.

















